© Laurent Valère Art Studio

LA PORTE

Sur commande de la SIMAR, avec la collaboration d’André Lucrèce et dans le cadre de la mise en valeur du quartier Dillon de Fort-de-France. Intitulée « La Porte », cette oeuvre est dédiée aux poètes Aimé Césaire et Pablo Neruda. Elle est symboliquement située dans l’axe de l’avenue Salvador Allende et symbolise l’entrée dans le quartier.

 

Constituée de 2 battants de porte entre-ouverts de 8 mètres de hauteur chacun, l’oeuvre est mise en relief grâce à un jeux subtil d’incrustations de conques de lambis et par une mise en lumière spectaculaire.

 

L’Equation de Lucrèce

« César. Il faut rendre à César ce qui est à César et dire que La Porte est le résultat, la traduction, d’une idée de l’écrivain et sociologue André Lucrèce. En effet, les réflexions d’Alain Mounouchy, Directeur Général de la Simar (Société Immobilière Martiniquaise) et de ses équipes, autour de l’amélioration et de la mise en valeur réelle et concrète du cadre de vie, appelaient une idée originale, logique, symbolique, populaire et Lucrèce a trouvé le concept : Un monument en hommage à Aimé Césaire et Pablo Néruda, deux poètes majeurs, deux destins hors normes. Une dualité, une invitation à la poésie sans frontière.

 

L’affaire n’était pas évidente, dans un contexte d’extrême multiplicité des hommages rendus à l’occasion du centenaire d’Aimé Césaire. Nous étions en 2013, et il fallait trouver l’idée qui se démarquerait, à la fois des actes ponctuels et des monuments durables, finalement peu nombreux, à la gloire du poète Martiniquais.Ville de Dillon. Il fallait habiller une colline dominant un quartier. Le quartier Dillon. On pourrait d’ailleurs dire la Ville de Dillon, tant cette partie de Fort de France à sa vie propre, sa société, son identité. Il fallait habiller une perspective, celle du Boulevard Salvador Allende. Bref, créer un signal urbain fort et valorisant.

 

Dérangement. Il fallait s’intégrer harmonieusement à un ensemble d’immeubles aux proportions, couleurs, volumes particuliers. Bien sûr, comme toujours l’arrivée d’une œuvre d’art est le dérangement d’un ordre établi, et il fallait trouver une souplesse dans la réalisation de cet hommage à Césaire et Néruda.

 

Voilà donc les éléments de l’équation dite « de Lucrèce », posée par un écrivain dans son idée de rendre hommage à deux autres écrivains. Le seul paramètre évident , demeurant la légitimité incontestée des bénéficiaires de l’hommage.

 

Sa résolution

C’est dans ces conditions, l’équation m’ayant été exposée, que j’ai été amené à réfléchir à une forme, un concept, un volume.

 

Elimination. Dans un premier temps, comme toujours, il faut procéder par élimination de pistes. Ne pas enfoncer de portes ouvertes. Ainsi Les recherches sur le net ont permis d’identifier un certain nombre de monuments dans le monde, afin d’éviter toute redite malencontreuse. La statuaire monumentale est si diverse, si inventive, que l’artiste doit aujourd’hui prendre la précaution d’une investigation préliminaire, pour s’assurer une réelle originalité.

 

Il fallait également éviter le piège de la figuration. Difficile en effet, de faire mieux que les bustes de Sébastien Langloys à Basse Pointe et de Thierry Bellemare au Diamant, sans parler des autres. Donc, pas de figuration, pas de réalisme, merci.

 

Restait la voie d’une œuvre symbolique monumentale.

 

Grande taille. C’est cette voie que j’ai choisie avec l’idée de La Porte. Il m’est apparu logique, en effet, sur ce morne, d’installer deux battant de porte de grande taille, symbolisant les deux poètes et l’ouverture qu’ils ont offert au monde.La Porte serait donc, un ensemble monumental urbain composé de deux pièces de 7,50m posées sur socles d’allure solide, très minérale avec un revêtement en béton projeté incrusté de lamelles de lambi rosées, avec une couleur dominante claire et des bougainvilliers au pieds.Sa réalisation s’est opérée grâce à une préparation en amont sous l’autorité technique de deux ingénieurs d’Arts, Michel Pétris et Alain Ozier.La pluie. Après une phase de préparation de moules de près de 8m de Hauteur, avec des formes adaptées, dans un atelier au Quartier Tivoli, sur les hauteurs de Fort de France, nous sommes venus installer les éléments sur site, à Dillon. Ferraillages, soudures, pluie battante de décembre 2013, manipulation des moules avec une grue, fixation et sécurisation avec des étais, boue, petits effondrements, sueurs froides, coulage du béton par le sommet à plus de 8m , échafaudage, harnais, séchages, enduit de projection, installation de lamelles de lambi.Minimalisme. L’objectif demeurant de réaliser un monument résolument minimaliste et sobre, de la même veine que le Mémorial Cap 110 Anse Caffard, Diamant. Toujours chercher une forme de sobriété et d’accessibilité dans une intention de partage facile et grand public.Achèvement.Sous toutes les latitudes, le mécène, apporte son obole à l’amélioration de la vie du citoyen. Qu’il soit visible ou pas, son intervention influe sur la vie. Elle est déterminante.Les poètes amènent le supplément de vision, le supplément d’ouverture et font, comme aimait à le dire Edouard Glissant, qu’ « on est dans la Caraïbe, quelque part sur l’épaule gauche des Dieux ».L’artiste installe son œuvre, mais elle n’est achevée que lorsque le riverain ne la voit plus, parce que désormais intégrée à son quotidien. Il ne s’agit pas d’une quête tortueuse de l’indifférence, mais bien au contraire, du désir un peu fol, d’avoir pu apporter une contribution, un élément de valorisation silencieuse au cadre de vie.Trois monuments. La Porte est l’une des combinaisons possibles de ce dialogue à trois. C’est une œuvre d’art qui, en définitive, renvoie à trois monuments, trois poto mitans : Aimé Césaire, Pablo Néruda et la population de Dillon.Je dois redire, merci à tous. »Laurent ValèreAvril 2014 .